La vie du seigneur médiéval et son château

LA VIE DU SEIGNEUR MÉDIÉVAL

ET SON CHÂTEAU

 

Château de Najac 11ème siècle

Château de Najac 11ème siècle

INTRODUCTION

Le Moyen Âge constitue une des périodes les plus longues de l’Histoire. Elle débute au 5ème siècle (avec la chute de l’Empire romain d’Occident en 476) et se termine au 15ème siècle (avec, en 1492, le commencement de la Renaissance), soit plus de 1000 ans… C’est aussi le temps de la féodalité avec ses seigneurs et ses châteaux forts.

Château de Mauvezin 11ème siècle

Château de Mauvezin 11ème siècle

LA SEIGNEURIE

En ces temps reculés, les seigneurs possèdent des fiefs immenses et presque toutes les terres. Sur ces nombreuses dépendances vivent des hommes qui travaillent la terre, la cultivent, et construisent des villages tout autour du château, symbole de la puissance du maître des lieux. Le suzerain dispose de pouvoirs étendus : il dirige et assure la protection de ses sujets ; il se fait parfois juge, et gère son domaine (seigneurie). Aucune seigneurie ne se ressemble. Toutes sont différentes par leur superficie, leur importance et les rapports entre le seigneur et les villageois. Voici deux exemples :

– Vers 1150, la seigneurie peut être composée d’un château-fort érigé sur une butte, et ne disposer que de très peu de terre. Cependant elle assure la protection d’une abbaye, de moulins, prélève des droits de péage si un fleuve traverse son domaine, et a des droits de justice dans de nombreux villages.

– Vers la fin du 12ème siècle, une autre possède un château entouré d’enceintes fortifiées, et 1500 hectares de terres que le maître se réserve ; toutes ne sont pas entièrement défrichées, et plusieurs dizaines de hameaux éparpillés sur son domaine.

LA MAIN D’ŒUVRE

 LES SERFS : paysans qui sont privés de leur liberté d’agir et de se déplacer à leur guise. Leurs droits sont limités, et leurs obligations importantes. Nombreux sont ceux qui travaillent sur la terre que s’est réservée le seigneur, aux champs ou aux jardins du château. Les serfs ont une existence insignifiante au sein de la communauté ; ils ne peuvent se marier en dehors de la seigneurie, ni la quitter, ni succéder à leur père sur la parcelle qu’il cultivait. Leurs enfants seront eux aussi serfs à leur tour.

 LES VILAINS : paysans libres de quitter le domaine. Nouveaux venus dans la population, ils défrichent et mettent en culture de nouvelles terres. Les taxes et les prestations dues sont plus faibles que pour les autres paysans. Le maître local voulant les garder à son service se montre moins strict. 

LES «MAIRES ET LES PRÉVÔTS» : désignés par le seigneur auprès du petit peuple, ils servent d’intermédiaires entre le maître des lieux et ses sujets.

Au Moyen Âge, les paysans représentent 90% de la population. Ils ont une existence difficile, faite du labeur harassant de la terre. Leur vie se borne aux fiefs du seigneur dont ils dépendent, près du château. Ils doivent travailler dur pour se nourrir, subvenir aux besoins de leur protecteur, résister aux maladies et épidémies (peste, choléra, etc…), les disettes et bien sûr les guerres récurrentes que se livrent les différents souverains du royaume. Leur espérance de vie excède rarement les 40 ans.

Le travail au champ

Le travail au champ

LES REVENUS FONCIERS DU SEIGNEUR

La richesse est produite par le travail des hommes qui exploitent les seigneuries. Celles-ci se séparent en deux parties distinctes :

LA RÉSERVE : c’est la portion de territoire, cultivée par des serfs (paysans non libres appartenant au seigneur), que le maître garde pour lui.

LES TENURES : ce sont des parcelles de terre concédées par un seigneur à un non noble. Le suzerain n’accorde que la jouissance temporaire à l’exploitant et reste propriétaire de son patrimoine. Ces sols sont occupés et cultivés par un vilain (paysan libre) en contrepartie de redevances ou de corvées. (Terre concédée par le seigneur au « tenancier»).

LA CORVÉE : La corvée est, au Moyen Âge, un travail non rémunéré ordonné par un souverain, un seigneur ou un maître, à ses sujets et ses subordonnés, qu’ils soient de statut libre ou non. Cette tâche est effectuée gratuitement sur le domaine seigneurial. C’est un engrenage essentiel du système politico-économique médiéval. Cet impôt non payé est issu de la pénurie de monnaie à cette époque.

LE CHÂTEAU-FORT

La construction d’une telle forteresse demande un savoir-faire de plusieurs corps de métiers ; on trouve sur les chantiers toutes sortes de compagnons réunis pour la circonstance : des maçons, des forgerons, des charpentiers, des marbriers, des tailleurs de pierres, des polisseurs de marbre, des verriers, des charretiers, manœuvres, couvreurs, peintres etc…

Arts mécaniques au Moyen Âge

Arts mécaniques au Moyen Âge

Le travail des charpentiers est de première importance. Ce sont eux qui élaborent et confectionnent les échafaudages ainsi que les appareils à roues qui servent à hisser les charges les plus pesantes. Ils construisent dans les tours des planchers, reposant sur des énormes poutres maîtresses, qui à leur tour s’appuient sur des supports dépassant des murs (les corbeaux). Ils réalisent des charpentes de plus en plus complexes, sur lesquelles des couvreurs placent des tuiles, des ardoises, des pierres plates (des lauzes), des lattes de bois (des bardeaux), ou encore du chaume.   

 

Corbeau

Corbeau

LA VIE DU SEIGNEUR

Le seigneur est la plupart du temps un chevalier. Il a pris ce titre conformément à la cérémonie de l’adoubement qui l’a certifié dans son bon droit, comme le veut la coutume médiévale de la chevalerie. Pour cela, il doit apprendre à se battre à cheval et partir guerroyer en temps de guerre ; il participe aussi à des tournois (simulacres de combats) en temps de paix. Derrière les murailles de son château-fort, il mène une vie faste. Il fait des ripailles et festoie dans la grande salle du donjon. Ces repas sont souvent divertis par des jongleurs, des troubadours, des ménestrels, des musiciens… Au fil du temps et des époques, cette caste de seigneurs va constituer une classe d’hommes à part : la noblesse.

Les tournois

Les tournois

Au début du 13ème siècle, ces nobles deviennent plus raffinés et transforment leur immense logis. Les châteaux forts, autrefois si austères, si froids, et tristes, apparaissent comme des résidences presque agréables à vivre. La chasse demeure leur passe-temps de prédilection, mais ils s’adonnent aussi aux plaisirs de la table et de la ripaille,  de l’art, de l’esprit et du jeu. 

Ces nouveaux agréments attestent du pouvoir et du rang du propriétaire des lieux.

UN SOIR DE FÊTE

L’on fête ce soir l’adoubement d’un jeune chevalier et, pour la circonstance, des réjouissances sont préparées hâtivement au château. Hôtes et invités se sont parés de leurs plus beaux atours. Les seigneurs portent de fastueux costumes en drap ou en laine de Flandre, noir, rouge écarlate ou bleu, parés d’or de Florence ou ornés de soie de Sicile. Pour les dames, c’est un corsage ajusté et serré, prolongé d’une jupe ample aux larges plis, mettant en valeur la finesse de leur taille respective. Pour les plus coquettes, une broderie vient parfaire leur tenue, ainsi que des fourrures venues de Sibérie : martre, zibeline, hermine, ours, renard, écureuil, agneau…

Banquet dans la grande salle

Banquet dans la grande salle

DES TABLES DÉMESURÉES

Les convives s’assoient autour de la grande table où déjà paradent, sur de larges plats, les paons reconstitués avec leur plumage bariolé. Les divers gibiers provenant des chasses, passe temps favori des seigneurs, cohabitent ainsi avec les autres mets. Le gibier à plumes trône à la meilleure place : faisans, perdrix, cailles, cygnes, grues, hérons, cigognes, et même pies, cormorans et corneilles. L’on reconnaît les tablées des riches suzerains à la variété et à la profusion des viandes et des poissons de rivière qui y sont présentées.

Cuisine médiévale

Cuisine médiévale

Entre chaque plat se produisent jongleurs et montreurs d’ours, pendant que les trouvères et les troubadours chansonnent à la gloire de Rolland et des vaillants chevaliers de Charlemagne (chansons de geste). Vers 1200, les châteaux-forts ne sont plus exclusivement des forteresses destinées à se mettre à l’abri.

Montreur d'ours

Montreur d’ours

Il est évident que leur ameublement se nuance suivant la région et la richesse du maître des lieux. Néanmoins, pour une grande majorité, les aménagements de ces immenses édifices ont été bénéfiques. Ces bâtisses sont maintenant beaucoup plus confortables qu’auparavant ; ce bien-être, tout relatif, permet aux hôtes de nombreux divertissements et réjouissances. Il est inutile désormais d’attendre les grandes occasions pour faire bombance. Les immenses tablées rassemblent lors des banquets une multitude de convives, comme le stipule le vieil adage qu’il « ne convient pas au seigneur de manger seul ». A la famille se rajoutent les hôtes de passage ; quelques serviteurs privilégiés ont la permission de s’attabler, ainsi que les compagnons du maître des lieux qui ont guerroyé avec lui, puis les pages et écuyers. 

Grandes tablées au Moyen Âge

Grandes tablées au Moyen Âge

Tout ce petit monde déjeune ou dîne dans la grande salle principale, près de la monumentale cheminée lors des grands froids, et à l’extérieur pendant les beaux jours. La cuisine se trouve en sous-sol ; on y fait cuire les mets sur un foyer central.

Les habitations au Moyen Âge

Les habitations au Moyen Âge

LES OCCUPATIONS

En ces temps reculés, les animations de ces immenses habitations féodales se limitent à des jeux, des chants et des danses. Autour de la maîtresse des lieux se rassemblent les dames et damoiselles pour tisser, broder, filer, prier, et chanter… Pendant ce temps, lorsque le maître de céans n’est pas à la guerre, celui-ci reçoit ses propres hôtes. La plupart du temps, ces messieurs s’adonnent à divers jeux dans la salle commune à la lueur des bougies ou des lampes à huile : aux dès, au  trictrac, et aux échecs. En outre, le seigneur reçoit et rend la justice et dans la salle principale.

DAMOISELLE : fille de noble condition, épouse de damoiseau.

 

DE NOMBREUX RÉSIDENTS A LOGER

Généralement, c’est dans le donjon que logent le couple seigneurial et sa progéniture. Ou bien, il peut prendre ses quartiers dans un corps de logis distinct, situé à l’extérieur de la tour fortifiée. Les chambres font partie de l’espace privé des châtelains et sont peu meublées ; leur agencement est spartiate. On y trouve des lits, souvent communs, des coffres de rangements rustiques plus ou moins travaillés. Les armoires sont inexistantes, mais il y a des placards dans des alcôves situées dans l’épaisseur des murs, quelques chaises pliantes en forme de X parfois agrémentées de coussins brodés. L’on commence à apercevoir des fauteuils pourvus de hauts dossiers, destinés à se protéger le dos des courants d’air, coutumiers à cette époque dans ces glaciales bâtisses médiévales. Les maîtres possèdent leur propre chambre, les filles et les garçons chacun la leur qu’ils partagent parfois avec leurs servantes et serviteurs. Cet ensemble constitue la « maisnie », la maisonnée. Il est à noter que les autres domestiques de rangs inférieurs, palefreniers, bergers, porchers, dorment dans les étables avec les animaux.

Donjon d'Arques

Donjon d’Arques

Il est courant que le châtelain instruise avec ses propres fils les aînés des ses vassaux ; tous perçoivent alors la même éducation. Ils reçoivent un enseignement varié et complet. C’est au chapelain que revient la charge de leur apprendre à lire, à écrire, à connaître le latin, et à chanter. Puis dans la cour du château, ces jeunes damoiseaux apprennent les rudiments du tir à l’arc, et à monter à cheval. Afin de se former aux techniques de la chasse, ils partent chevaucher hors des murs de la forteresse, poursuivis de leurs serviteurs et devancés par leurs chiens. Tout se fait au milieu des sons des cornes, des rabatteurs, du martellement des sabots de leur monture, des hurlements et des aboiements des chiens. Bien souvent, tout ce tumulte débouche sur l’apparition d’un cerf ; alors, une fois abattu, il sera en partie savouré sur-le-champ en plein air. Les meilleurs morceaux seront choisis et apportés au château, où ils seront cuits et préparés avec des aromates et des épices, et servis à la table des seigneurs. Une bonne manière de faire encore ripaille…

DAMOISEAU : titre donné, au Moyen Âge, au fils d’un seigneur, à l’aspirant chevalier et au noble non adoubé

 L’ADOUBEMENT

Pour guerroyer et pour protéger son fief, le seigneur dispose d’une armée (ost) sous son commandement ; ce sont ses vassaux. Les plus aptes d’entre eux sont sacrés chevaliers avec la cérémonie de l’adoubement. Le jeune damoiseau se met à genoux face à l’autel, paré d’une tunique sur sa côte de mailles, et se place en prière. Des chevaliers l’entourent, lui attachent des éperons, et lui donnent l’épée qui symbolise l’ordre de la chevalerie. Ensuite l’initiation se termine par l’accolade du maître qui lui stipule ses devoirs.

Adoubement d'un chevalier

Adoubement d’un chevalier

 

PRÉMICES DE LA « FASHION » MÉDIÉVALE

On peut considérer que le 13ème siècle marque une date distincte quant au confort des châteaux-forts. Auparavant, ces vastes demeures fortifiées étaient incommodes et primitives. Par la suite, bâties en pierres, elles acquièrent un aspect beaucoup plus plaisant à vivre. L’obscurité est malgré tout partout présente, surtout dans les donjons qui ne sont percés que par d’étroites meurtrières. L’on observe cependant la naissance de nombreuses fenêtres, inexistantes jusqu’alors. En outre, ces embrasures ornées de vitraux de couleur transforment les faibles rais de lumière qu’elles laissent filtrer. Le logis, ainsi illuminé d’une suave clarté irisée, adoucit les austères parois de pierres des murs intérieurs de la citadelle. En hiver, l’on endure maintes souffrances à cause du froid. Les remparts sont épais et gelés, et toutes les pièces ne disposent pas d’une cheminée pour se réchauffer. Pour se préserver de ces conditions climatiques, l’on essaie quelques aménagements. On répand sur le plancher des monceaux de paille, d’herbe ou de fleurs parfumées, afin de mieux conserver la chaleur. Les parois intérieures sont recouvertes de tapisserie ou de tentures pour mieux s’isoler. Toutes ces parures, au demeurant pragmatiques, sont aussi très décoratives et reflètent le goût pour un certain luxe qui commence à naître.  

 

 

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