Les Témoins du passé – l’Abbaye de Montmajour

LES TÉMOINS DU PASSE

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L’Abbaye de Montmajour

Arles, Bouches du Rhône

Blason de la ville d'Arles

Blason de la ville d’Arles

 

Abbaye de Montmajour

Abbaye de Montmajour

TYPE : ancienne abbaye de moines bénédictins de 948 à 1791. (Les moines de l’abbaye de Montmajour sont des bénédictins qui ont choisi de suivre la règle de Saint Benoît).

CULTE : abbaye abandonnée depuis la Révolution française.

STYLE : architecture romane, gothique, classique.

RATTACHEMENT : propriété de l’État, administrée depuis 1945 par le Centre des monuments nationaux.

CLASSEMENT ET PROTECTION :   le site est classé par les listes des monuments historiques de 1840 et 1921.

DÉBUT DE LA CONSTRUCTION : 10ème siècle.

FIN DES TRAVAUX : 18ème siècle.

 

 

HISTORIQUE & FONDATION

Située aux portes d’Arles, l’abbaye émerge des marais et se dresse sur un piton rocheux. C’est à cet endroit qu’au 10ème siècle, s’installe une confrérie de moines bénédictins. Vers le milieu du 11ème siècle, ils bâtissent la chapelle Saint-Pierre, puis une abbatiale. L’édifice abrite dans sa crypte la relique de la Vraie Croix, et cette dernière attire un nombre important de pèlerins. Vers le 12ème siècle, ce flux migratoire entraîne la construction de la chapelle reliquaire Sainte-Croix à l’extérieur de la clôture.

LA CLÔTURE : périmètre d’un monastère interdit aux laïcs où les religieux cohabitent renfermés, vivant en conformité suivant la règle de Saint Benoît.

– A la fin du 13ème siècle, c’est par l’entremise de 56 prieurés que se transmet l’influence spirituelle de l’Abbaye de Montmajour. Ces édifices religieux se déploient de la vallée de l’Isère à la Méditerranée.

– Durant la guerre de Cent Ans, Montmajour est fortifiée et voit la construction d’un donjon défensif : la tour de l’abbé Pons de l’Orme.

Tour de l'abbé Pons de l'Orme

Tour de l’abbé Pons de l’Orme

– Jusqu’au 18ème siècle, l’Abbaye se développe : une série de bâtiments religieux et militaires sont érigés. Puis, délaissée, elle sera gravement dévastée lors de la Révolution.

PLAN DE l’ABBAYE.

L’ensemble Montmajour est constitué de :

  1. Un ermitage : la chapelle Saint-Pierre (11ème siècle). L’ermitage Saint-Pierre comporte deux nefs côte-à-côte, dont l’une creusée dans la roche. Il est à noter un autre détail architectural remarquable : les chapiteaux qui surmontent les colonnes.
  2. Un couvent d’architecture médiévale : le monastère Saint-Pierre (12ème et 13ème siècles).
  3. Un donjon défensif : la tour de l’abbé Pons de l’Orme (14ème siècle).
  1. Un bâtiment classique : le monastère Saint-Maur (début 18ème siècle).
  1. Une chapelle : Sainte-Croix (12ème siècle). Elle est située à l’est de la clôture, et fut édifiée pour accueillir le pèlerinage appelé « Pardon de Montmajour ». Ce dernier se produisait le 3 mai, le jour de la Sainte-Croix. Tout autour s’est étendu le cimetière des laïcs.

 

Chapelle Sainte-Croix

Chapelle Sainte-Croix

LE CLIN D’ŒIL…

LA VIE DES MOINES DANS LEURS ATELIERS : On trouve des moulins à eau dans tous les grands monastères. Le premier moulin à vent répertorié en Normandie est édifié sur les terres d’une abbaye. Les moines produisent donc leur farine et font leur propre pain ; ils produisent aussi de l’huile s’ils possèdent des oliviers (comme dans le midi). Dans certaines abbayes on façonne des cuirs, des parchemins, du drap, des tissus, des tapisseries, du verre, des vitraux, des briques ou des tuiles pour ériger les bâtiments. S’ils trouvent du fer, les religieux se transforment en forgerons. Si leurs terres produisent du charbon ou des mines de sel, ils se font mineurs.

 

L’INTÉRIEUR

 

L’ABBATIALE NOTRE-DAME

Chevet de l'abbatiale

Chevet de l’abbatiale

1 – LA CRYPTE SAINT-BENOÎT

Elle a deux fonctions : elle sert de fondation pour l’abbatiale et d’église basse. Elle a été adaptée à la configuration du terrain dont elle rattrape la déclivité ; elle est presque entièrement troglodyte sur sa face sud. Côté nord, les arcs doubleaux, selon le principe de construction de l’Antiquité romaine employé dans les amphithéâtres, consolident la voûte en berceau. Cette solidité permet de soutenir le poids de l’abbatiale. On distingue un plan concentrique dans le transept avec deux absidioles orientées, débouchant sur une rotonde centrale cernée par un déambulatoire ; ce dernier dessert sept chapelles rayonnantes, un des chefs-d’œuvre architecturaux de Montmajour. On peut apercevoir sur les piliers et les voûtes les marques des tâcherons.

MARQUES DES TÂCHERONS : Sur de nombreuses pierres taillées, l’on peut découvrir des signes et des initiales gravées. Ces marques incrustées nous rappellent que les moines étaient secondés dans la construction de l’édifice par des ouvriers, des tailleurs de pierre qui marquaient les blocs pour pouvoir se faire payer à la pièce.

2 – LA NEF

Terminée en 1153, elle est le témoin de l’architecture romane provençale à son zénith : simplicité du plan, en croix latine, avec la nef unique voûtée en berceau, très élevée. Cette construction, dont le mur nord se situe à flanc de rocher, est éclairée par les fenêtres du chœur. Au 13ème siècle l’on a ajouté les baies surélevées de la croisée du transept. Seules deux travées ont été construites sur les cinq prévues à l’origine.

3 – LA CHAPELLE NOTRE-DAME-LA-BLANCHE

Elle se situe dans le transept nord ; on peut y apercevoir deux enfeus dont l’un accueillait la dépouille de Bertrand de Maussang, abbé de Montmajour au 14ème siècle.

ENFEU : caveau ou niche, aménagés dans l’épaisseur d’un mur pour y placer un cercueil ou une urne funéraire.

 

4 – LA SACRISTIE

Elle date du 15ème siècle.

LE CLOÎTRE ET LES BÂTIMENTS MONACAUX

 

5 – LA SALLE CAPITULAIRE

C’est la salle où se réunit chaque jour la communauté religieuse du monastère. Autour de son abbé, chacun écoute un chapitre de la règle de Saint-Benoît ; celle-ci en compte soixante-treize. C’est le seul endroit où il est autorisé de parler. C’est dans ce lieu que les moines prennent des décisions concernant la communauté. C’est ici aussi que se font les prises d’habits, les professions monacales et l’élection du Père Abbé.

 

 

LE CLIN D’ŒIL…

Les moines se répartissent le travail et participent à la bonne marche de la communauté. Tous les métiers sont représentés ; de nombreux clercs sont érudits et transmettent leur savoir en écrivant des livres, ou en produisant des enluminures aux couleurs polychromiques chatoyantes et variées. D’autres religieux ne font que recopier des ouvrages plus anciens ou rédigés par d’autres. Un livre à succès peut être recopié en 30 exemplaires. Il sera alors lu et relu dans les monastères et les châteaux, bien souvent devant une forte assemblée. Certains clercs lettrés sont auteurs de livres éclairés. Ils sont poètes, historiens « romanciers », et ne traitent pas pour autant de Dieu, des saints ou des héros bibliques. La grande majorité écrit en latin alors que d’autres choisissent de rédiger leurs ouvrages dans la langue de leurs lecteurs. De la même manière ils traduisent d’anciens manuscrits arabes ou grecs d’astronomie, de médecine, et de botanique…

6 – LE RÉFECTOIRE

Il est en partie attenant au cloître par la galerie sud. Un escalier en vis près de la porte menait au dortoir.

7 – LE CLOÎTRE

  • La galerie nord.

Elle avait une fonction funéraire : c’est dans ce couloir que l’on peut y trouver des enfeus, des pierres tombales et des dalles sur le sol. On peut y apercevoir des chapiteaux corinthiens et des piliers à cannelures, restaurés en 1862 par Henri Révoil.

  • La galerie orientale

Elle abrite l’enfeu des comtes de Provence. Elle demeure la seule des galeries à avoir gardé ses chapiteaux romans. On y distingue en face de la salle capitulaire une Tentation du Christ.

  • La galerie sud

Elle est de conception romane et dévoile des sculptures typiques de l’iconographie gothique de la fin du 14ème siècle.

  • La galerie ouest

Elle dévoile de nombreuses inscriptions du 12ème siècle, découvertes en 1993. (Par exemple des ex-voto et des attestations d’événements importants, comme un départ de croisade.) Il est à noter que les consoles sculptées sont décorées par un bestiaire remarquable.

 

 

L’EXTÉRIEUR

 

1 – LES TOMBES RUPESTRES

Cette nécropole indique l’emplacement du cimetière des moines. Des tombes anthropomorphes y avaient été creusées, pour accueillir des défunts parmi les premiers occupants de l’abbaye.

TOMBES ANTHROPOMORPHES : qui a la forme d’un corps humain ou qui a l’apparence humaine. Et où l’on distingue, creusé dans la pierre, l’emplacement de la tête du défunt.

 

2 – LA CHAPELLE SAINT-PIERRE

Elle date du milieu du 11ème siècle. C’est l’ensemble le plus ancien de l’abbaye. On y parvient en empruntant une petite porte derrière le cimetière des moines. Son accès est signalé par un panneau, et par une représentation en bas-relief de Saint-Pierre.

  • Chemin d’accès
  • L’ermitage

Il comprend dans sa majeure partie une chapelle semi-troglodyte, construite entre 1030 et 1050, sur le flanc sud de la colline de Montmajour. C’est la plus ancienne empreinte architecturale du site.

 

3 – LA TOUR PONS DE L’ORME

Sa construction a débuté en 1369. Elle révèle le système défensif et stratégique de l’abbaye pendant la guerre de Cent Ans. Sa position élevée permet d’avoir, en son sommet, un panorama général sur le pays d’Arles.

LE CLIN D’ŒIL…

Il arrive quelquefois que l’abbaye soit fortifiée tel un château fort. Les voyageurs et les pèlerins y sont cependant hébergés, les malades et les blessés y sont soignés, les miséreux et les indigents nourris. Pour accomplir ces actes d’humanité et de piété, des bâtiments et une chapelle sont réservés et attribués aux nécessiteux, étrangers à la communauté du monastère.

 

4 – LA CHAPELLE SAINTE-CROIX

Elle est située à l’est de la clôture. Son architecture est du style roman provençal. Construite à la fin du 12ème siècle, elle accueillait le pèlerinage appelé « Pardon de Montmajour » qui se produisait le 3 mai, le jour de la Sainte-Croix.

L’ARCHITECTURE ROMANE est un style architectural qui a pris son essor en Europe au cours du Moyen-Âge (entre le milieu du 10ème siècle et le 12ème siècle). Il est emblématique des monuments religieux de cette époque, et se définit par l’utilisation de voûtes en berceau de plein cintre, de voûtes brisées ou de voûtes d’arêtes, soutenues par des colonnes latérales. Ces dernières, qui soutiennent les arcs, sont essentiellement cylindriques et surmontées de chapiteaux. Elles sont dans la plupart des cas sculptées avec des reproductions d’animaux, de plantes, ou bien avec des symboles géométriques.


5 – LE MONASTÈRE SAINT-MAUR

Il a été construit de 1703 à 1719 par l’architecte Pierre II Mignard. Suite aux dégâts causés par un incendie, une deuxième tranche de travaux sera attribuée à Jean-Baptiste Franque, de 1726 à 1728. Deux autres projets de construction seront accomplis en 1747 et 1776. Le monastère est alors dans sa phase définitive avec 16 travées en façade. Il sera dégarni de sa toiture et de sa charpente durant la Révolution, et servira de carrière de pierre. Il faudra attendre l’année 1921 pour qu’il soit classé monument Historique. Il fera l’objet d’une restauration limitée en 1994.

 

UN PEU D’HISTOIRE !

C’est au château de Beaucaire, à quelques kilomètres de Montmajour, qu’en juillet 1197 naquit Raymond VII, comte de Toulouse.

LE TRAITE DE MEAUX, OU TRAITE DE PARIS (12 avril 1229) met fin à la Croisade contre les Albigeois, et rattache définitivement les pays occitans à la couronne de France. Par cet accord, toutes les terres situées à l’ouest du Rhône et contrôlées par les armées du Roy, deviennent partie intégrante du domaine des Capétiens. Le territoire du Marquisat de Provence, situé à l’est du Rhône, est quant à lui légué à l’autorité pontificale de Rome. (Jusqu’à la Révolution française, il portera le nom de Comtat-Venaissin.) Sur les régions rattachées au trône de France, Louis IX fondera un port artificiel connu sous le nom d’Aigues-Mortes, duquel, le 25 août 1248, il s’embarquera pour la 7ème croisade. Le Comte de Toulouse Raymond VII conserve quelques fiefs jusqu’à sa mort. En outre, il consent à donner en mariage sa fille unique Jeanne à l’un des frères du roi Alphonse de Poitiers. Il prend conscience alors que par cette décision, il accepte la fin de sa dynastie et de la souveraineté de son Comté.

Tous mes remerciements à madame Antoinette Gorioux du « Centre des monuments nationaux » pour m’avoir cédé, à titre gracieux, les plans de l’Abbaye de Montmajour.

 

Blason de la ville d'Arles

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