Les Témoins du Passé – Le Château de Quéribus

LES TÉMOINS DU PASSÉ

LE CHÂTEAU DE QUERIBUS

Blason de la ville de Cucugnan (Aude)

 

Blason de la région Occitanie

TYPE : château fort.

ÉPOQUE : Moyen Âge.

PÉRIODES DE CONSTRUCTION : XIIIème siècle.

ÉTAT DE CONSERVATION : ruines.

LIEU : Cucugnan, Aude, Occitanie.

PROPRIÉTÉ : de la commune.

PROTECTION : classé Monument Historique par arrêté le 11 octobre 1907.

INTRODUCTION

Après avoir laissé notre véhicule sur le parking et nous être acquitté de notre droit de visite (7,5€) à l’accueil, il nous faut environ 10mn de montée, par un petit chemin caillouteux, pour atteindre le château. Celui-ci est perché sur un étroit piton rocheux à 729 m d’altitude. L’accès est assez pénible et il faut s’équiper de bonnes chaussures pour y grimper. (Attention au vent et au petit coup de frais, prévoir aussi en fonction de la saison des vêtements chauds).

Une fois sur place, la vue vaut vraiment le coup d’œil : un panorama à 360 ° à couper le souffle s’étend sous nos yeux. Ce tableau couvre tout l’horizon entre vignes et garrigue. Le castèl de Querbús (en Occitan) contrôle le massif des Corbières, le Fenouillèdes et la plaine du Roussillon.

Le Fenouillèdes est une région naturelle et culturelle française des Pyrénées-Orientales, située dans la région Occitanie.

Blason du Fenouilledes

Ce dernier bastion cathare, fouetté par les vents, est un véritable nid d’aigle. Quéribus est une splendeur à l’état pur qui, en son temps, osa affronter les armées du roi de France. La citadelle affiche désormais des ruines majestueuses qui se dressent isolées ; témoins d’un monde de « Parfaits » enfoui.

SITUATION

Le château de Quéribus est un château dit « cathare » situé sur la commune de Cucugnan, dans le département de l’Aude, en région Occitanie.

UN PEU D’HISTOIRE

Lire : Répertoire de la Croisade des Albigeois.

Carcassonne 1209

Le catharisme, une menace pour l’Église et pour le roi

Vers le milieu du 12ème siècle, alors que l’Europe est dominée par une profonde et ardente foi catholique, le Midi toulousain est gagné par une hérésie toute aussi enflammée, le Catharisme. Cette nouvelle religion, qui apparaît vers le 12ème siècle dans les Balkans, s’appuie essentiellement sur une dualité. Ses disciples, « les Parfaits », croient en deux principes divins opposés : d’une part un monde spirituel avec un Dieu bon, celui de l’Evangile, et de l’autre un monde matériel et corrompu avec un prince du mal et des ténèbres, le Dieu de l’Ancien Testament. Les valeurs morales et l’austérité de ses adeptes contrastent avec l’opulence et le relâchement des représentants de l’Église catholique. Les cathares rejettent les sacrements, les indulgences, le purgatoire et le culte des saints. Ils ne glorifient point le sacrifice de la croix, et ne reconnaissent pas le pape comme le successeur légal des apôtres. Refusant le concept de propriété et condamnant le serment, ils sont considérés comme subversifs par la société féodale et par la royauté. Les fondations du christianisme vont chanceler, au point de décider le pape Innocent III à déclarer les « Bons Hommes » et les « Bonnes Dames », hérétiques.

Carte du Languedoc au XIIIème siècle

Le Midi de la France en 1209, après la mort de Raymond V.

En France, lorsque les croyances cathares apparaissent, la chrétienté est partagée au sein de l’Église : une grande divergence d’idées demeure entre les Français du Nord et les gens du Midi. Alors que ceux du Nord admettent la foi catholique romaine, dans les régions du Sud l’on a adopté l’« arianisme » depuis les premières heures du christianisme. Cette disparité va opposer le Languedoc à l’autorité de Rome, et faire de lui un foyer où les hérésies et les schismes vont se développer sans contrainte.

C’est à Arius (256-336), théologien alexandrin, que l’on attribue au début du 4ème siècle le courant de pensée théologien, l’« arianisme ». Sa pensée assure que si Dieu est divin, son fils Jésus, lui, est avant tout un humain mais possède cependant une part de divinité. C’est en 325 que le concile de Nicée, rassemblé par l’empereur Constantin, rejeta l’« arianisme » jugé hérétique.

QUERIBUS

UN MONDE DE « PARFAITS »

Quéribus

SON HISTOIRE

Quéribus, qui veut dire « rocher des buis », est cité pour la première fois en 1021 dans le testament de Bernard Ier Tallaferro, comte de Bésalú. (A cette date, le château est intégré à la vicomté de Fenouillèdes).

– En 1111, le comte de Barcelone Raimond Bérenger III hérite du comté de Besalú, et donc de droits suzerains sur la vicomté de Fenouillèdes et Quéribus.

– En 1162, le Comte de Bésalù devient roi d’Aragon. Quéribus protège alors le Nord de l’Aragon ; il devient une des principales forteresses barcelonaises au nord des Pyrénées.

– En 1172, avec le rattachement du comté de Roussillon, son rôle perd de son importance stratégique.

– À la fin du XIIème siècle, la vicomté de Fenouillèdes est placée, par le roi Pierre II d’Aragon, sous l’autorité du vicomte de Narbonne.

– Lors de la Croisade contre les Albigeois, Quéribus abrite des hérétiques cathares (Benoît de Termes, diacre du Razès, s’y réfugie et y meurt en 1241).

– En 1255, il sera le dernier point de résistance à capituler face aux barons du Nord Français.

– Contre sa volonté, et la mort dans l’âme, le chevalier Chabert de Barbaira signe la reddition du château de Quéribus en échange de sa liberté. La forteresse fait dorénavant partie du royaume de France sous le règne de Louis IX.

Chabert de Barbaira (en catalan Jasbert de Barberà) était un chevalier faydit occitan, né à Barbaira vers 1185 et mort vers 1275. Seigneur de Puilaurens et de Quéribus, il fut surnommé « le lion de combat », et sera l’un des derniers nobles fidèles à la cause cathare.

– En 1258, à la signature du Traité de Corbeil, la frontière entre la France et l’Aragon est fixée au sud des Corbières, non loin de Quéribus. Ce dernier devient une pièce maîtresse du dispositif défensif français dont le centre de commandement est Carcassonne.

Les faydits, ou faidits, sont les chevaliers et les seigneurs languedociens qui se sont retrouvés dépossédés de leurs fiefs et de leurs terres lors de la Croisade des Albigeois. Ils participèrent activement à la résistance occitane menée contre l’invasion et l’occupation des croisés venus du nord.

– Avec Aguilar, Peyrepertuse, Puilaurens et Termes, Quéribus est l’un des cinq fils de Carcassonne.

Le Traité de Corbeil (11 mai 1258).

Louis IX renonce à sa suzeraineté sur la Catalogne et le Roussillon. En contrepartie, de son côté, le roi d’Aragon abandonne ses visées sur les terres du Languedoc. Désormais, la Cité fortifiée de Carcassonne joue un rôle majeur dans le dispositif de défense de la frontière. Elle forme une deuxième ligne de protection en retrait des postes avancés que sont les châteaux de Termes, Puilaurens, Peyrepertuse, Quéribus, et Aguilar.

Carcassonne

Quéribus est reconstruit par les rois de France à la fin du XIIIème et du XIVème siècle.

– En 1659, avec la signature du Traité des Pyrénées entre la France et l’Espagne, Quéribus perd son intérêt stratégique. Le Traité fixe alors définitivement la nouvelle frontière entre les deux pays.

LE CHÂTEAU

LE PLAN

DESCRIPTIF

1-L’accès.

2-La deuxième enceinte.

3-La caserne.

4-La troisième enceinte.

5-Le magasin.

6-La citerne.

7-Le donjon. 

UNE FORTERESSE DU VERTIGE

A la reddition de Chabert de Barbaira, le château passe des mains Aragonaises aux mains des Français.

Ce point est stratégique. Il surveille un des rares passages vers les Corbières : le grau de Maury, que l’on aperçoit depuis le sentier qui mène au château. Il faut comprendre qu’en ces temps reculés, les chemins accessibles sont rares, et qu’il n’est pas aisé de passer non plus à travers les gorges.

La forteresse qui se dresse de nos jours sous nos yeux a beaucoup changé d’aspect au fil des siècles. Du temps de Chabert de Barbaira, c’était un petit fort replié sur lui-même au sommet de la montagne. La forteresse va se transformer grâce aux prouesses des ingénieurs du roi. Elle sera agrandie et va recevoir deux, puis trois enceintes simultanées qui vont se superposer sur la crête. Elle devient alors inexpugnable jusqu’au XVème siècle. Louis XI, ne respectant pas la paix signée au traité de Corbeil en 1258, s’empare de Perpignan et du Roussillon. Les Aragonais venus en libérateurs se rendent maîtres de Quéribus dans la foulée.

Deux ans plus tard, en 1475, le château devient partie intégrante du royaume de France. Il convient alors pour la forteresse de s’adapter aux nouvelles techniques de guerre de l’artillerie.

LE CLIN D’ŒIL

En 1254, Louis IX, de retour de Croisade en Terre Sainte, nomme Pierre d’Auteuil Sénéchal de Carcassonne. Ce dernier a pour mission de se rendre maître du dernier bastion de résistance cathare tenu par Chabert de Barbaira, le château de Quéribus. Le siège qui débute en 1255 coûte cher et s’avère difficile à exécuter. Le Sénéchal requiert alors l’aide de l’archevêque de Narbonne. La suite est assez énigmatique : elle nous raconte qu’Olivier de Termes (1200-1274), arrivé en renfort, aurait trouvé un moyen de capturer son ancien compagnon d’arme. Chabert de Barbaira, alors écroué à la prison royale de Carcassonne, acceptera d’échanger sa liberté contre Quéribus.
 

Lire : la Septième Croisade (1248-1254)

LES STRUCTURES DÉFENSIVES

Le château comprend trois enceintes simultanées au sommet et sur le long de la falaise. Elles permettaient la défense du château, grâce à plusieurs systèmes de fortification. On distingue parmi celles-ci des archères, des meurtrières canonnières adaptées aux armes à feu plus volumineuses, et des mâchicoulis.

On y trouve aussi plusieurs systèmes de défenses des portes : assommoirs et bretèches. Des chemins de ronde et des casemates protègent et assurent les points sensibles. Quinze à vingt hommes étaient nécessaires pour défendre le château. C’était un maximum car, étant donné la taille de la citerne et de l’ensemble de ses bâtiments militaires, la forteresse ne pouvait pas recevoir une garnison plus importante.

Lorsqu’on regarde de plus près, on s’aperçoit que certains éléments du Moyen Âge y sont mélangés avec ceux de la Renaissance. Tout ceci formant un ensemble cependant homogène qui assura l’efficacité des fortifications et la qualité de vie de ce rude refuge de montagne.

L’ACCÈS

On parvient au château par un escalier en chicanes qui se termine dans un véritable piège. L’assaillant est soudainement confronté à trois murs orientés en quinconces qui se dressent devant lui. Tout autour s’ouvrent les mortelles bouches à feu des canonnières, et celles des meurtrières tout autant périlleuses. Tous les angles sont couverts ; nul ne peut y échapper. Et si malgré tout un ennemi réussit à passer, il se voit obligé de s’avancer vers la porte du château, où un assommoir qui déclenche un tir vertical l’attend de pied ferme !

LA PREMIÈRE ENCEINTE

Trois enceintes étagées prolongent la falaise. De la 3ème enceinte (surplombant l’édifice) à la 1ère enceinte, 4 siècles d’évolution sont représentés.

LA DEUXIÈME ENCEINTE

Dans la deuxième enceinte, on trouve les vestiges d’une caserne et d’une citerne. La caserne est un édifice rectangulaire doté d’une vaste surface habitable.

Lorsque Louis IX se rend maître de Quéribus, il y place une garnison de 20 à 25 soldats. Puis un peu plus tard, au cours du XIIIème siècle, l’effectif de celle-ci chutera à une dizaine d’hommes.

LA TROISIÈME ENCEINTE

La troisième enceinte, qui englobe le donjon et le corps de logis du gouverneur, est la plus importante. L’on y accède par un escalier aux hautes marches. De là, on peut admirer le panorama qui dévoile un paysage somptueux.

Quéribus possède un système de citernes disposées en cascades qui desservent en eau chaque enceinte. Ici, dans le magasin, un corps de garde abrite une grande citerne pouvant contenir 60 000 litres d’eau, soit la valeur d’une piscine… Elle est alimentée par les eaux de pluies recueillies sur les toits.

Une fois la porte de la troisième enceinte franchie, on accède au magasin. C’est une longue pièce voûtée réservée au stockage. Au-dessus de cette salle, sur un deuxième palier, une pièce autrefois recouverte de carreaux de terre cuite dévoile les restes d’un four. Juste à côté du magasin se trouve le logement du gouverneur, se dressant sur trois étages.

LE DONJON

Comme surgissant de la roche, le donjon de Quéribus se distingue de loin. Il existait du temps de Chabert de Barbaira. Il a été souvent remanié au cours des siècles. Il devait être certainement plus haut du temps de Louis IX. Il a été abaissé et surtout épaissi, pour faire face à l’apparition de l’artillerie portative.

Deux salles se superposent : la première représente la salle basse du donjon de Chabert de Barbaira. La seconde, au-dessus, primitivement séparée par un plancher en bois, est la gigantesque salle dite « salle du pilier ». C’est un exceptionnel exemple de l’architecture médiévale. Les quatre croisées d’ogives viennent contrebuter le colossal pilier central. Les forces s’annulent entre elles, ce qui rend l’ouvrage pratiquement indestructible.

Observez la large fenêtre, et sur le côté une petite porte débouchant dans le vide. Ces deux ouvertures sur la paroi du donjon sont d’époques différentes. La grande ouverture correspond à une époque où le danger de voir un éventuel assaillant s’emparer du château avait presque disparu, et où l’on privilégiait le confort. Quant à la petite porte, bien plus ancienne, elle devait s’ouvrir sur des planchers en bois ; des hourds de défense.

Un hourd est au Moyen Âge un échafaudage (ou charpente) en bois, construit en encorbellement au sommet d’une tour ou d’une muraille.

LA PLATEFORME DU DONJON

Depuis les derniers contreforts des Corbières jusqu’aux Albères et aux Pyrénées, du littoral aux Fenouillèdes, l’horizon s’étale sur toute la plaine du Roussillon. On peut imaginer l’ancienne frontière entre le royaume de France et l’Aragon : elle passait entre Quéribus et la tour de Tautavel, et entre Maury et Estagel.

LE DONJON AU FIL DU TEMPS

Le donjon de Quéribus est surplombé par le rocher qui lui fait face ; c’est ce qui le rend vulnérable. Aussi, avec l’apparition et le perfectionnement de l’artillerie (permettant une plus grande mobilité et des tirs plus précis donc plus efficaces), le donjon a dû s’adapter et être modifié. On l’a renforcé par une épaisse muraille (celle que l’on peut voir de nos jours), on a créé une plateforme pour y installer les canons, et bâti une casemate face au rocher tant redouté.

Sources :

Fascicule offert au public avec le droit d’entrée.

www.payscathare.org

www.cucugnan.fr

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%A2teau_de_Qu%C3%A9ribus

http://www.cucugnan.fr/fr/queribus-cucugnan/histoire-queribus/

https://monumentum.fr/ruines-chateau-queribus-pa00102667.html

http://www.cucugnan.fr/!trash/preparer-ma-visite/le-chateau-de-queribus/

 

 

 

 

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