La Guerre de Sécession – Le Fort Sumter

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      Drapeau des Etats-Unis de 1860 à 1863                                                                                 Drapeau- confédéré- de -mars -à -mai- 1861


LA GUERRE DE SÉCESSION

(1861-1865)

Drapeau de Fort Sumter

Drapeau de Fort Sumter

FORT SUMTER

12 avril 1861

 

Bombardement de Fort Sumter

Bombardement de Fort Sumter

SOMMAIRE

Les 12 et 13 avril 1861, le bombardement de Fort Sumter par les États confédérés, dans la baie de Charleston, en Caroline du Sud, marque le début de la Guerre Civile (1861-1865). La garnison fédérale du fort, sous les ordres du commandant Anderson, refuse de quitter ses positions qui se trouvent en territoire sudiste. Cette bataille, qui ne fera aucune victime dans les deux camps, va marquer le début du pire conflit de l’Histoire des États-Unis. La guerre qui commence va opposer pendant quatre ans les États du Nord aux États confédérés du Sud. Elle se terminera à Appomattox, le 9 avril 1865 avec la victoire du Nord, après avoir fait 625 000 morts.

 

SITUATION

Le Fort Sumter est une construction fortifiée américaine située sur un îlot de granit, qui contrôle l’entrée du port de Charleston, en Caroline du Sud. Vers le début de décembre 1860, le fort est pratiquement inoccupé ; seuls quelques ouvriers s’affairent à restaurer l’intérieur de l’édifice. Sa garnison, 68 hommes de troupe, a été déplacée pour un temps dans une autre fortification, non loin de la ville, au Fort Moultrie.

La construction du fort débute en 1829, mais en 1861, au début de conflit, elle n’est toujours pas terminée. L’édifice comprend 5 côtés maçonnés de 50 à 60 mètres de longueur. Ses parois ont 1,5 mètre d’épaisseur. Le Fort peut recevoir 650 hommes de troupe et135 canons. Les effectifs de la garnison et son armement ne seront jamais installés dans leur totalité.

FORCES EN PRÉSENCE

 

Pour le Nord

 Drapeau des Etats-Unis de 1860 à 1863

La garnison du Fort Sumter comprend une compagnie d’environ 80 soldats.

Commandant

Major Robert Anderson.

Major Robert Anderson

Major Robert Anderson

Pour le Sud

Drapeau- confédéré- de -mars -à -mai- 1861

La milice de la Caroline du Sud est forte d’environ 6000 soldats.

Commandant

Général Pierre Gustave Toutant Beauregard (1818-1893).

 

Pierre-Gustave Toutant de Beauregard

Pierre-Gustave Toutant de Beauregard

CONTEXTE

L’issue du combat ne laisse planer aucun doute. Aucun des deux camps ne veut être l’agresseur et le premier à déclencher les hostilités. Car l’enjeu est important, chaque camp voulant rallier à sa cause les États encore indécis, et donc pousser l’adversaire à attaquer le premier.

Le meilleur moyen pour cela, est de rendre l’adversaire responsable en le faisant attaquer le premier. Les négociations politiques représentent donc un atout majeur dans la capitulation du fort et les conditions de sa reddition.

La partie qui se présente oppose, dans un premier temps, le gouverneur de Caroline du Sud, Francis Pickens (1805-1869), au président sortant, le démocrate James Buchanan (1791-1868). Puis à partir de mars, elle concerne le tout récent président de l’Union, Abraham Lincoln (1809-1865), et le tout premier président confédéré, Jefferson Davis (1808-1889). De longs mois de tractations débouchent sur l’attaque du fort par la milice de Charleston. Afin de mater la rébellion, Abraham Lincoln appelle, pour trois mois, dans l’urgence, au recrutement d’une force armée de 75 000 hommes, parmi la milice des Etats restés fidèles. Sumter devient alors le « casus belli » qui précipite le pays dans la guerre civile et entraîne dans son sillage la majeure partie du Nord à se ranger sous la bannière étoilée, « The Star-Spangled Banner ».  

 

LA CAROLINE DU SUD

« L’État du Palmetto »

Drapeau-de-la-Caroline-du-Sud

 

 

 

8ème État

Capitale : Columbia

Date d’Entrée dans l’Union : 23 mai 1788.

Dès 1562, le territoire est habité par des colons français huguenots qui fondent les villes de Charlesfort et Fort Caroline. Puis, en 1663, les Britanniques investissent la région et créent la province de Caroline. En 1712, celle-ci est séparée de la Virginie et devient alors une colonie de la couronne d’Angleterre. En 1729 l’État prend forme et se scinde en deux, Caroline du Nord et Caroline du Sud. Cette dernière comprenait alors la future Géorgie.

Au cours du 18ème siècle, son économie devient florissante grâce à la culture du tabac, dont le bas prix est le fruit d’un commerce basé sur l’esclavage. La Caroline du Sud s’insurge contre la Grande-Bretagne lors de la guerre d’Indépendance et instaure, le 15 mars 1776, son propre gouvernement. Le 23 mai 1788, elle est le 8ème État des 13 colonies en rébellion à ratifier la constitution américaine. Le 20 décembre 1861, elle est le premier État à faire sécession, et c’est du port de Charleston que les batteries confédérées bombardent le Fort Sumter.

Cet événement marque ainsi le début de la guerre civile qui dévastera le vieux Sud pendant quatre ans. Durant cette période, aucune bataille d’importance n’aura lieu sur le sol de la Caroline du Sud. Mais en février 1865, le général William Tecumseh Sherman, dans sa marche à la mer, s’emparera de la capitale Columbia, détruisant ainsi la presque totalité de la ville.

 

POURQUOI SUMTER ?

Depuis la création des États-Unis, les relations entre le Nord et le Sud concernant la question de l’esclavage sont tendues, voire exécrables. La récente venue du nouveau parti républicain résolument anti-esclavagiste d’une part, et l’élection d’Abraham Lincoln le 6 novembre 1860 d’autre part, jettent un froid et accroissent les tensions idéologiques entre les deux factions. L’équilibre politique est rompu, et avec la prochaine présidence d’un Républicain, certains États du Sud sentent se profiler une menace sérieuse sur  leur système esclavagiste. Pour palier à cette issue qu’ils jugent néfaste, ils décident de faire sécession et de proclamer leur indépendance. De fait, la plupart des établissements publics et militaires se voient soudainement sous le contrôle de ces États rebelles. Cependant, quelques officiers fédéraux décident de rester fidèles à l’Union, et de résister à toute ingérence extérieure au commandement central à Washington. Parmi ces chefs, un certain commandant Robert Anderson, qui tient une place forte dans le port de Charleston en Caroline du Sud, le Fort Sumter, en plein territoire ennemi…

La garnison, qui est cantonnée dans Fort Moultrie, est placée sous les ordres d’un militaire issu non pas du Nord, mais du Kentucky. Le Major Anderson était autrefois propriétaire d’esclaves. Si son allégeance est vouée entièrement à la cause du Sud, il n’en reste pas moins fidèle à son drapeau et souhaite vivement que son pays trouve une solution pour éviter la division qui se fait bien réelle chaque jour. Outre l’Amérique, c’est aussi son État et sa famille qui tomberaient dans la sécession. Pouvait-il penser à ce moment-là que, par une de ses décisions, il allait jeter cette terre du « nouveau monde » et de la « liberté » dans la plus effroyable des guerres civiles ?

Fort Moultrie en 1861

Fort Moultrie en 1861

LA TENSION MONTE !

De leur côté, les autorités confédérées exigent la restitution des places fortes et garnisons tombées en leur pouvoir dans leurs secteurs respectifs. Rapidement, la presque totalité de ces postes militaires, exceptés cinq, répondent aux injonctions de leurs assaillants. Seuls les Forts Pickens en Floride, Monroe en Virginie, Jefferson et Dallas dans les Keys en Floride et Fort Sumter à Charleston demeurent dans le berceau de l’Union.

Quant au Fort Sumter, le plus puissant rempart de Charleston, il n’est pas le seul à défendre l’entrée du port, mais sa situation lui confère une position capitale et prééminente. Face au refus de se soumettre aux autorités fédérales, le gouverneur confédéré ordonne alors le siège de l’îlot fortifié.  Proche de ce dernier se situe le petit Fort Moultrie, dont la garnison compte à peine 68 soldats de l’Union, placés sous les ordres du Major Anderson. Leur position est devenue intenable. Dans la nuit du 26 décembre 1860, Anderson prend seul l’initiative de déplace ses forces, et s’en va occuper le Fort Sumter qui se trouve démuni et sans défense. Cet événement est considéré comme un acte d’agression par les autorités confédérées, et la tension atteint son paroxysme. Nonobstant, les forces sudistes étant toujours en formation, leur armée n’est pas encore prête à soutenir une guerre. Les Confédérés hésitent donc, mais l’attaque devient de plus en plus inévitable, et l’abandon du fort par les Fédéraux une nécessité absolue. 

Port de Charleston en1860

Port de Charleston en 1860

Abraham Lincoln se trouve face à un dilemme. Soit il envoie des renforts à Anderson pour lui apporter de l’aide, ce qui le mettrait dans la position de l’agresseur, soit il fait acte de faiblesse aux yeux du monde en abandonnant le fort aux forces confédérées. Le choix est très difficile pour le président, car dans les deux cas il signerait un aveu d’impuissance. En outre, le reflet de ce signal néfaste donnerait un avantage incontestable aux sécessionnistes. Lincoln opte pour une troisième solution : dépêcher une flottille pour aller ravitailler le fort et sa garnison assiégée. Ainsi il ne se place pas dans la position de l’agresseur et en laisse toute l’initiative à l’ennemi. Bien sûr, Anderson écrit au gouverneur de Caroline du Sud pour l’informer de la décision de Lincoln. C’est maintenant au tour des forces confédérées de se trouver devant un dilemme. S’ils acceptent ce ravitaillement, la situation pourrait se prolonger indéfiniment, et s’ils interviennent en donnant l’assaut, ils seraient aux yeux du monde entier les agresseurs. Faisant fi des conséquences, le gouvernement sudiste autorise le général Beauregard  à ouvrir le feu sur le Fort Sumter avant que celui-ci ne soit approvisionné. Le 12 avril, les forces sudistes enjoignent le commandant Anderson de déposer les armes et de se rendre ; ce dernier refuse net…

Parmi les membres du cabinet de Jefferson Davis, seul le Secrétaire d’État Robert Toombs s’oppose à la décision d’attaquer et déclare :

« Monsieur le Président, à l’heure actuelle il s’agit d’un suicide, d’un meurtre et nous perdrons tous nos amis dans le Nord. Par caprice, vous allez frapper un nid de frelons s’étendant de l’océan à la montagne et leurs légions, actuellement calmes, vont nous envahir lentement et tous nous tuer de leur piqûre. Ce n’est pas nécessaire, cela nous met dans notre tort ; c’est fatal. »

LE PREMIER COUP DE CANON

A 4h30, les batteries confédérées placées sur les forts Moultrie et Johnson, nouvellement investis, ouvrent le feu. La Guerre de Sécession vient de commencer.

Bombardement de Fort Sumter

Bombardement de Fort Sumter

Témoignage du Général Pierre-Gustave Toutant de Beauregard :

« Nous étions prêts. (…) Il ne nous restait plus qu’à mettre en position un petit canon rayé qui venait d’arriver d’Angleterre, le premier qui eût jamais servi en Amérique.

Le 11 avril, à 2 heures du matin, par l’entremise de mes aides de camp je sommais Fort Sumter de se rendre. Le major Anderson (commandant du fort) refusa. En conséquence, après l’avoir prévenu, nous ouvrîmes le feu.

Le silence paisible de la nuit fut rompu juste avant l’aube. Le premier obus, signal du commencement de la guerre, trop longtemps différée de l’avis de beaucoup, partit de la batterie de mortiers du Fort Johnson, à 4 heures du matin, le 12 avril 1861. Il ne fut pas tiré par Edmund Ruffin, de Virginie, comme on l’a cru par erreur, mais par George S. James de la Caroline du Sud, sur ordre du capitaine S.D. Lee. L’obus s’éleva dans l’air décrivant un arc de cercle, et éclata avec fracas sur Fort Sumter, où il tomba au milieu de la place d’armes.

Ainsi sonna « le réveil », à Charleston et dans son port, par ce matin fatidique. En un instant, tout fut bruit et mouvement. Pas un absent à l’appel. Les citoyens affluèrent de toutes parts vers la batterie, et, sur les quais, les femmes et les enfants se pressèrent à toutes les fenêtres donnant sur la mer, spectateurs ravis de la scène. A cinq heures moins dix, toutes les batteries et tous les mortiers encerclant le sombre fort étaient en pleine action… »

Extrait de « Il y a toujours un reporter ». (« La guerre de Sécession », de Victor Austin, paru aux éditions René Julliard.)

LE BOMBARDEMENT

Le 12 avril 1861, à 3 heures 20 du matin, les forces sudistes préviennent Anderson qu’ils feront parler les armes une heure plus tard. Tout en ayant refusé une reddition, Anderson signale que de toute façon, si le fort n’était pas approvisionné dans les quelques jours qui suivent, il serait obliger de capituler. A 4 heures 30, un tir de canon dirigé sur Fort Sumter se fait entendre en provenance du Fort Johnson. Ce tir indique le début de la bataille et le bombardement des 43 canons et obusiers répartis au Fort Johnson, au Fort Moultrie et à Cummings Point. Les batteries du Fort Sumter, celles du capitaine Abner Doubleday, ne se feront pas entendre avant 7 heures du matin.

Dans Fort Sumter, témoignage du capitaine Doubleday, commandant en second et « Yankee » cent pour cent (l’inventeur du base-ball d’ailleurs), qui reçoit la canonnade des rebelles.

« Le 12 avril, vers 4 heures du matin, je fus réveillé par quelqu’un qui marchait à tâtons dans l’obscurité et qui m’appelait. C’était Anderson qui venait m’apprendre qu’il recevait à l’instant une dépêche de Beauregard, envoyée à 3 heures 20, annonçant qu’il ouvrirait le feu sur nous dans une heure. Comme il était décidé que nous ne répondrions pas au bombardement avant le breakfast, je restai au lit. Nous n’avions pas de lumière et ne pouvions rien faire, excepté tourner en rond dans le noir et bombarder vaguement les lignes ennemies.

Dès qu’il put distinguer les contours de notre fort, l’ennemi mit son projet à exécution. Il avait été entendu, par déférence envers le vénérable Edmund Ruffin, qui peut être appelé le Père de la Sécession, que ce serait lui qui tirerait le premier coup, de la batterie Stevens, à Cummings Point. Peu après, une balle de Cummings Point vint se loger dans le mur du magasin, et il me sembla, d’après le son, qu’elle s’enfonçait à un pied de ma tête environ dans la maçonnerie, à une distance désagréablement proche de mon oreille droite. Cette balle nous apportait certainement le salut de M. Ruffin. En un instant, le tir éclata avec un grondement continu, et une grande partie des murs intérieurs et extérieurs commença à s’écrouler de tous côtés. L’endroit où je me trouvais servait à la fabrication des cartouches, et il y avait là une bonne quantité de poudre, en partie empaquetée, en partie déballée. Peu après, un obus éclata près du ventilateur. La pièce fut envahie par une épaisse fumée et j’eus l’impression qu’il y aurait immédiatement une explosion. Heureusement, aucune étincelle ne pénétra à l’intérieur (…) Maintenant, dix neuf batteries nous martelaient de leur feu, et les balles et obus des « Columbiads » de 9 pouces, accompagnés par des obus de mortier de 13 pouces qui nous bombardaient constamment, nous apprenaient que la guerre avait commencé… »

Extrait de « Il y a toujours un reporter ». (« La guerre de Sécession », de Victor Austin, paru aux éditions René Julliard.)

La petite garnison du fort essaie de répliquer aux coups qui lui sont portés, mais sans grands résultats. L’édifice a été conçu pour soutenir des assauts navals, et les canons principaux sont installés dans des positions élevées, là où les flottes de guerre éprouvent des difficultés pour canonner. Cependant, c’est bien à cet endroit que les « Columbiads » de 9 pouces de la milice de Charleston viennent terminer leur course démoniaque. Par la force des choses, les défenseurs fédéraux ne se servent que des canons des niveaux inférieurs, ce qui est inefficace pour mettre en danger les batteries confédérées. A plusieurs reprises, le drapeau des États-Unis est mis à terre, donnant ainsi aux forces sudistes l’impression d’une hypothétique reddition de la garnison fédérale. Celle-ci n’interviendra qu’après 34 heures de bombardement.  Le 14 avril 1861, le drapeau confédéré peut enfin flotter sur le Fort Sumter.

Fort Sumter après le bombardement

Fort Sumter après le bombardement

LE CLIN D’ŒIL

Le général confédéré qui donne l’ordre d’ouvrir le feu en ce 12 avril 1861, s’appelle Pierre Gustave Toutant Beauregard. C’est un spécialiste de l’artillerie. A West Point, ses talents furent remarqués par tous ses condisciples. A tel point qu’à cette époque-là, son instructeur lui demanda de rempiler une année de plus pour lui servir d’assistant. Ironie de l’Histoire, cet instructeur s’appelait Robert Anderson, et aujourd’hui, Beauregard s’apprête à le combattre ; c’est lui qui commande la garnison fédérale retranchée dans Fort Sumter.

 

LA POPULATION DE CHARLESTON ASSISTE AU BOMBARDEMENT

Témoignage de Mary Boykin Chesnut, épouse d’un sénateur du Sud, qui tient le journal de ces journées dramatiques :

« Du remue-ménage dans toute la maison, des bruits de pas dans les corridors. Tout le mondeMary-Boykin-Chesnut semblait courir dans une seule direction. Je mis ma robe de chambre et mon châle et sortis aussi pour monter sur la terrasse. Les obus éclataient. Dans l’obscurité, un homme dit : « gaspillage de munitions.» Je savais que mon mari ramait sur une petite barque, quelque part sur cette baie sombre. Si Anderson s’obstinait, le colonel Chesnut devait donner l’ordre (…) d’ouvrir le feu. Certainement le tir avait commencé. C’était bien le grondement régulier du canon. Et qui pouvait dire combien de morts et de destructions provoquait chaque salve ? »

Extrait de « Il y a toujours un reporter ». (« La guerre de Sécession », de Victor Austin, paru aux éditions René Julliard.)

Mary Chesnut et son époux James, ancien sénateur de la Caroline du Sud, évoluent dans les milieux les plus influents de la Confédération. Ils sont notamment très proches du couple présidentiel de la Confédération, Jefferson Davis et Varina Banks Howell. Mary est souvent dépressive et sujette à faire des cauchemars. Dès le début du conflit, elle décide de tenir un journal afin de transcrire au quotidien toutes ses impressions. Il se révèlera comme un poignant témoignage de la société sudiste pendant la guerre.

Elle dit : « Je tiens à ce que ce journal soit entièrement objectif, le temps de la subjectivité est dépassé. »

 

EFFERVESCENCE DANS LES RUES DE CHARLESTON

Témoignage de William Howard Russel, correspondant du Times de Londres :

« Les rues de Charleston ressemblent à celles de Paris pendant la Révolution. Des groupes de d’hommes armés se promènent dans les rues en chantant. Un sang guerrier court dans leurs veines et fait monter à leurs joues « l’ivresse de la victoire » : restaurants pleins, bombance dans les bars, salles de clubs bondées, orgies et beuveries dans les tavernes et chez les particuliers, dans les estaminets et cabarets, des ruelles les plus étroites jusqu’aux plus larges avenues. Sumter les a rendus fous. Jamais on ne vit telle victoire ! Jamais gars si courageux ! Jamais pareille bataille ! Déjà paraissent des brochures racontant l’incident. C’est un Waterloo ou un Solférino sans effusion de sang… »


William Howard Russell

William Howard Russell

« Les drapeaux de la Sécession flottaient à toutes les fenêtres, des garçonnets irlandais criaient à tue-tête : « La bataille de Fort Sumter ! Dernière édition ! » Pendant que nous descendions vers le quai où le vapeur était amarré, nous entendions partout des propos enflammés : « Alors gouverneur, la vieille Union est morte enfin ? » « Savez-vous ce que Abe (Lincoln) va faire ? » « Je pense que Beauregard aura le dessus sans trop de difficultés. Qu’en pensez-vous ? » Et ainsi de suite. Et à ce propos, la popularité de notre cher Créole est au-dessus de toute description. On a composé toutes sortes de vers de mirliton en son honneur dont le refrain est très goûté : Armés de nos fusils, d’obus et de pétards, Nous regardions le Nord de notre Beau-regard… »

Extrait de « Il y a toujours un reporter ». (« La guerre de Sécession », de Victor Austin, paru aux éditions René Julliard.)

LES CONSÉQUENCES

Dès le 15 avril, en réponse à l’attaque de Fort Sumter, Abraham Lincoln appelle au recrutement d’une milice de 75 000 hommes pour réprimer la rébellion. Dans le Nord, l’événement jette l’effroi sur la population qui, dans sa majorité, se montrera favorable à la décision du président. Tous veulent prendre leur revanche sur les gens du Sud.

Le Sud se défend d’être l’agresseur. Après la bataille, Jefferson Davis déclare au congrès des États confédérés, le 29 avril :

« Nous sentons que notre cause est juste et sacrée ; nous protestons solennellement devant l’humanité que nous désirons la paix, quel qu’en soit le prix s’il sauvegarde notre honneur et notre indépendance, que nous ne désirons chercher nulle conquête, nul agrandissement, nulle concession d’aucune sorte de la part des États avec lesquels nous étions hier encore unis ; tout ce que nous demandons, c’est qu’on nous laisse tranquilles. »

LE RETOUR DES COULEURS

Le 14 avril, dès la capitulation, le major Anderson avait demandé de ramener le drapeau du Fort Sumter à Washington. Peu de temps après la défaite du Sud à Appomatox, le 9 avril 1865, Anderson revient le 14 dans le port de Charleston, et hisse à nouveau le malheureux drapeau criblé d’impacts sur l’îlot fortifié de Sumter. L’Histoire nous révèle qu’à cette date, le soir même, Abraham Lincoln était assassiné à Washington.

Drapeau de Fort Sumter

Drapeau de Fort Sumter

 

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